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Présentation de l'Automatic Imagination Model - partie 2 : voici venir la science


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Head Hacking - Free Your Mind - Partie 2 - Voici venir la science

 

Voici la seconde partie de l'article Free Your Mind à propos de notre travail chez Head Hacking Research. Dans la première partie, j'ai introduit quelques définitions de l'hypnose, et nous avons jeté un œil sur les modèles de l'hypnose les plus populaires, des modèles auxquels les hypnotiseurs en activité se réfèrent.

 

Dans cette partie, je vais présenter quelques-unes des importantes découvertes scientifiques à propos de l'hypnose. Je vais pour cela m'appuyer sur les modèles académiques les plus populaires parmi ceux qui décrivent la façon dont l'hypnose fonctionne. Veuillez lire tout d'abord la partie 1 pour comprendre le contexte dans lequel cet article a été écrit ; il fournit également une référence au Oxford Handbook of Hypnosis - vous devriez considérer la possibilité d'y jeter un œil.

 

 

Les échelles d'hypnose

 

Beaucoup d'hypnotiseurs ont entendu parler de l'échelle de susceptibilité hypnotique de Stanford forme C (SHSS:C - à l'origine une création de Weitzenhoffer et Hilgard, modifiée par Kihlstrom) mais je doute que beaucoup, en dehors des cercles académiques, aient passé du temps à comprendre ce que c'est et à quoi ça sert.

 

On s'y réfère souvent comme le « maître-étalon » des échelles hypnotiques, avec une haute fiabilité à travers la population et à travers le temps ; des sujets ont été retestés 25 ans après, et leurs scores se sont trouvés solidement cohérents avec leurs scores originaux (Piccione, Hilgard et Zimbardo, 1989).

 

Le SHSS:C a été conçu comme un moyen de mesurer l'hypnotisabilité d'un sujet ; il consiste en une induction par fermeture des yeux, suivie par un approfondissement et douze tests notés, des tests qui s'échelonnent entre des phénomènes « faciles » (le bras qui retombe) et des phénomènes « difficiles » (des voix hallucinées). Les sujets ont un point pour chaque test réussi, et ces scores sont totalisés pour donner le score global.

 

Bien qu'il soit communément admis qu'on puisse se référer à une suggestion de retombée de bras comme étant « facile » et à une suggestion d'hallucination de voix comme étant « difficile », en réalité il serait plus facile de plutôt les désigner comme « communes » et « rare ». Il y a bien peu de raisons de suggérer que la suggestion d'hallucination des voix soit plus difficile pour un sujet qui en est capable, mais ces sujets semblent relativement rares.

 

Au lieu de cela, l'idée selon laquelle des suggestions seraient faciles ou difficiles fait davantage sens pour l'hypnotiseur que pour l'hypnotisé, la « facilité » perçue n'étant pas autre chose que la fréquence avec laquelle ces suggestions sont réussies. Autrement dit, les suggestions qui ne trouvent une réponse qu'en de rares occasions sont considérées par l'hypnotiseur comme plus difficiles que celles qui trouvent une réponse la plupart du temps, mais ça n'a rien à voir avec la difficulté qu'éprouve le sujet quand il prend la suggestion.

 

Il est important de noter que les suggestions les plus rares ne sont en fait pas plus difficiles pour l'hypnotiseur ; c'est juste que les sujets qui en sont capables sont moins fréquents. Il est littéralement aussi facile de suggérer « je suis invisible » que de suggérer « ton bras est lourd » ; si vous ne l'avez pas essayé, faites-le. Vous pourriez être en train de le suggérer à un sujet capable, et les résultats seraient incroyables.

 

Revenons au SHSS:C. Si on devait prendre un échantillon aléatoire de la population et leur faire passer individuellement le SHSS:C en bonne et due forme, alors il serait très probable d'obtenir des résultats qui suivent une distribution normale, autrement connue sous le nom de « courbe en cloche ». C'est une courbe de graphique sur laquelle un petit nombre de personnes obtient des scores bas, la majorité obtient des scores aux alentours de la moyenne, et quelques-uns obtiennent des scores hauts.

 

La raison pour laquelle on pourrait s'attendre à une distribution normale, c'est que ce type de distribution a pu être observé lors de multiples expériences fondées sur le SHSS:C à travers le monde. La constance de ce résultat suggère que la population générale répondrait avec une distribution normale très similaire à celles-ci.

 

Si le groupe qu'on considère est un échantillon aléatoire, alors il est raisonnable de supposer que ce groupe suivrait également une distribution normale (en fait, c'est plus que raisonnable : l'ampleur de la déviation de chaque groupe échantillonné suit elle-même la loi normale de distribution, ce qui nous permet de savoir à quel point notre groupe devrait différer si l'on devait conclure que quelque chose a affecté les résultats. Voyez Experiment, Design and Statistics in Psychology par Robson pour plus d'informations sur les distributions normales et les déviations standard.)

 

Les résultats du SHSS:C montrent qu'approximativement 10% de la population obtient des scores bas, compris entre 0 et 2 ; 80% obtiennent des scores entre 3 et 8 ; et 10% obtiennent des scores hauts de 9 à 12.

 

En règle générale, les sujets qui ont des scores bas ne réussissent que les suggestions idéomotrices ; les personnes dont les notes sont moyennes réussissent les suggestions idéomotrices et les suggestions de défi ; et les sujets qui ont des scores hauts tendent à être capables de réussir la majorité des phénomènes. Tout un ensemble d'autres échelles existent avec des items similaires, certaines d'entre elles plus courtes, certaines d'entre elles conçues pour des situations de groupe. Toutes les échelles en usage ont produit des résultats en cohérence avec le SHSS:C.

 

Un ensemble d'échelles cliniques pour la « profondeur » existent aussi, ce sont des échelles qui sont généralement utilisées dans des contextes médicaux plutôt qu'universitaires ; elles sont également en cohérence avec les échelles académiques. On est justifié à dire que les différentes approches académiques dans l'évaluation des capacités des sujets sont au moins cohérentes.

 

Si elles sont fausses, au sens où elles mesureraient mal les capacités hypnotiques, alors la majorité des universitaires spécialisés dans l'hypnose n'a pas trouvé l'erreur ; et étant donné qu'un certain nombre de ceux-ci pratiquent également de l'hypnose clinique dans le cadre de programmes thérapeutiques, il serait injuste d'affirmer que les universitaires ont une approche de l'hypnose différente de celle des hypnothérapeutes - puisque beaucoup d'entre eux sont également hypnothérapeutes.

 

J'espère que tous les hypnothérapeutes s'inquiètent de savoir « ce qui marche » - je pense que la différence tient en ce que les universitaires veulent utiliser des données fiables et et des méthodes statistiques pour déterminer « ce qui marche de façon assurée » et je pense qu'ils ont raison de procéder ainsi.

 

Il y a pourtant un problème avec le SHSS:C. Comme son nom l'indique, il mesure la susceptibilité hypnotique, qu'on a longtemps supposé être un synonyme pour l'hypnotisabilité. Depuis les premiers jours de l'hypnose, on a supposé qu'une induction était nécessaire pour créer un état hypnotique dans lequel les suggestions seraient données. L'hypnose éveillée (c'est-à-dire sans un état hypnotique établi) était généralement vue comme ne pouvant produire que des phénomènes idéomoteurs, et on pensait qu'un état hypnotique était requis pour produire des phénomènes de défi ou des phénomènes cognitifs.

 

On sait depuis Hypnosis Without Transe et notre propre Permanosis que l'éventail entier des suggestions peut être donné sans induction, mais ce n'était pas le point de vue dominant quand les échelles ont été développées dans les années 1950 et 1960.

 

Le problème était le suivant : du fait qu'on supposait qu'une induction était nécessaire, personne n'a essayé de voir si les sujets pouvaient néanmoins prendre les suggestions. Kirsch parle d'expériences dans lesquelles les suggestions évaluées par le SHSS:C ont été données à des sujets qui n'avaient pas été hypnotisés (Kirsch, 2008), et il a montré que l'induction fait très peu de différences si l'on regarde les résultats. Il suggère qu'on ne devrait se référer à de telles échelles qu'en tant qu'évaluations de réponses à des suggestions, plutôt qu'en tant qu'évaluations de la susceptibilité hypnotique, ou de l'hypnotisabilité.

 

Il y a eu débat pour savoir si les sujets répondaient de la même façon quand, d'une part, on leur donnait des suggestions sans qu'il y ait eu induction, et quand d'autre part ils étaient hypnotisés (à la suite d'une induction). Un article de Raz et al (Raz et al., 2006) montre que les « bons » (les sujets qui obtiennent de 9 à 12 au SHSS:C) peuvent suivre sans induction une suggestion qui supprime l'effet Stroop.

 

On peut voir un exemple de l'effet Stroop quand on essaie de nommer la couleur de l'encre avec laquelle un mot a été imprimé ; les mots de couleurs (« rouge », « bleu », etc.) qui sont imprimés de la même couleur peuvent être identifiés plus rapidement que les mots neutres (« travailler », « conduire », etc.), et ces derniers peuvent être identifiés plus vite que les mots de couleur qui sont imprimés avec une encre d'une couleur différente. Supprimer l'effet Stroop signifie diminuer les performances sur les mots colorés de façon congruente (« rouge » imprimé à l'encre rouge), et augmenter les performances sur les mots écrits de façon non-congruente (« rouge » imprimé à l'encre bleue).

 

Étant donné la nature des tests, on croit que les sujets ne peuvent pas feindre la réponse à cette suggestion, ni à l'inverse améliorer volontairement leurs performances pour le mot non-congruent, et qu'ils agissent par conséquent (au moins d'un point de vue fonctionnel) de la même façon que les sujets hypnotisés (étant donné que les deux doivent répondre aux suggestions, et pas seulement jouer le jeu). On pourrait supposer que les suggestions données sans induction peuvent être prises juste aussi facilement et de la même façon que les suggestions qui ont été données à la suite d'une induction.

 

Il y a un autre problème avec le SHSS:C, c'est qu'il n'enregistre que les réponses comportementales, ou les actions manifestes des sujets. Comme je l'ai souligné dans la Partie 1, seul le sujet sait s'il est en train de répondre aux suggestions, ou s'il fait semblant.

 

La supposition sous-jacente était que les réponses comportementales sont corrélées aux sensations subjectives, c'est-à-dire que si un sujet lève sa main en réponse à une suggestion, c'est que ce phénomène a du se produire involontairement. Spanos et al. (Spanos et al., 1983) ont démontré que ce n'était pas le cas, avec une étude impliquant l'échelle pour la propension à répondre aux suggestions de l'université de Carlton (Carleton University Responsiveness to Suggestion Scale, CURSS).

 

Le CURSS mesure les réponses aux suggestions selon trois dimensions : la note objective (CURSS:O), pour laquelle un point est attribué à chaque fois que le sujet donne une réponse comportementale appropriée à la suggestion ; la note subjective (CURSS:S) qui s'échelonne entre 0 et 3 points pour chaque suggestion, d'après l'intensité selon laquelle le sujet a fait l'expérience des sensations appropriées, de « pas du tout » à « beaucoup » ; et la note objective-involontaire (CURSS:OI) qui s'échelonne entre 0 et 3 points pour chaque suggestion que le sujet a vécu comme involontaire en quelque façon, ce qui permet d'évacuer les suggestions qui n'ont pas provoqué de réponse comportementale ou de sensation d'involontariat.

 

Spanos et al. ont montré que les résultats comportementaux était substantiellement plus élevés que les scores objectifs-involontaires, ce qui suppose que les échelles qui mesurent seulement la réponse comportementale, comme le SHSS:C, surestiment systématiquement la réponse à la suggestion.

 

Les échelles hypnotiques sont importantes pour l'université, mais sont probablement inadaptées au travail de l'hypnotiseur moyen. Ce que nous pouvons tirer d'elles sont les résultats qui peuvent être attendus si on voulait hypnotiser des membres aléatoires du public.

 

Par exemple, Kirsch et al. (Kirsch et al., 1995) ont montré qu'approximativement 25% des étudiants d'université ont réussi à vivre une amnésie suggérée ; c'est très utile si nous comptons utiliser l'amnésie hypnotique pour une routine, étant donné que pour quatre personnes qu'on teste, seulement l'une d'entre elles arrivera à vivre les suggestions d'amnésie.

 

Nous pouvons également tirer bénéfice de ces échelles en incorporant la façon dont elles ont fait évoluer leur pre-talk ou introduction. Quelques-uns peuvent être obtenus sur http://hypnosis.tools/suggestibility-scales.html et à partir du site de John Kihlstrom, http://socrates.berkeley.edu/~kihlstrm/hypnosis_research.htm - ils valent la peine d'être lus, puisque qu'ils ont été réglés de façon à ce que les sujets soient rendus aussi coopératifs et décontractés que possible.

 

 

Les théories néo-dissociationnistes

 

 

Ernest Hilgard a développé la théorie néo-dissociationniste (Lynn et Rhue, 1994), qui est basée sur l'idée suivante : l'hypnose ferait en sorte que la conscience se divise en plusieurs courants de traitement séparés par une barrière amnésique. Un « observateur caché » resterait présent ; il pourrait être interrogé après-coup et révéler des informations pour lesquelles le sujet aurait une amnésie post-hypnotique.

 

Les descriptions que Hilgard a fait de la théorie néo-dissociationniste ont laissé suffisamment de latitude pour que Kenneth Bowers définisse une version alternative de la théorie néo-dissociationniste, connue sous le nom de théorie du contrôle dissocié (Woody et Sadler, 2008). Plus récemment, Erik Woody et Pamela Sader (2008) ont intégré les deux théories dans un cadre qui pourrait appuyer soit l'une des deux, soit une combinaison des deux théories.

 

La théorie néo-dissociationniste de Hilgard suggère que quand les sujets prennent une suggestion simple, leur courant de conscience est divisé en deux courants de conscience. L'un deux produit en toute conscience le comportement requis par la suggestion, et l'autre courant de conscience - celui qui est de l'autre côté de la barrière amnésique - observe l'effet comme se produisant de façon involontaire, sans savoir que l'autre courant est en fait en train de produire le comportement.

 

Le courant de conscience qui produit le comportement est conscient d'avoir agi ainsi et peut être interrogé par l'hypnotiseur en suggérant simplement que « l'observateur caché » pourra répondre. Hilgard produit des preuves qui étayent l'existence de l'observateur caché, et les utilise pour appuyer sa théorie des multiples courants de conscience, séparés par des barrières amnésiques.

 

Nicolas Spanos attaque l'observateur caché, et conclut (Spanos et Coe, 1991, cité dans Kirsch et Lynn, 1998) que « les témoignages qui rapportent l'expérience d'une partie cachée et les évaluations de douleurs cachées reflètent les constructions que les gens développent à partir des instructions utilisées dans les expérimentations liées à l'observateur caché. » Cela signifie que l'existence et la personnalité de l'observateur caché pourraient être dictés par les instructions données aux sujets dans le pre-talk.

 

A travers une série d'expérimentations, Spanos démontre que la présence de l'observateur caché dépend des instructions données par l'hypnotiseur - donnez un ensemble d'instructions particulier et un observateur caché est présent. Donnez un ensemble différent et il n'y en a plus.

 

Il montre également que les rapports de l'observateur caché pourraient être influencé par les instructions données - dites-leur que l'observateur caché a une vision du monde en miroir (à cause du caractère croisé des connexions de la vision au niveau cérébral), montrez-leur le nombre 81, donnez-leur une amnésie pour celui-ci, demandez à l'observateur caché ce qu'il a vu et ils vous donneront le numéro 18.

 

Par ailleurs il montre qu'il pourrait créer de multiples observateurs cachés (chacun étant amnésique de chaque autre), et ainsi supposément plusieurs courants de conscience et de multiples barrières amnésiques, grâce à des variations dans les instructions.

 

La conclusion simple est que l'observateur caché est le résultat d'une suggestion et ne fait par conséquent pas partie du mécanisme de l'hypnose, mais n'en est qu'une partie de l'effet.

 

Kenneth Bowers attaque les barrières amnésiques en soulignant que l'amnésie suggérée est un phénomène relativement rare (25% des sujets y parvenant), pourtant elle a été utilisée implicitement pour fournir le mécanisme qui permettait le mouvement idéomoteur le plus commun et pour que les suggestions de défi soient accomplies.

 

A la place, il met en avant son modèle du contrôle dissocié qui dit que dans l'hypnose, les suggestions peuvent être acceptées par des sous-systèmes de contrôle en-dessous du contrôle exécutif sans la conscience de cet exécutif. Cela implique que les suggestions contournent le contrôle exécutif (l'entité centrale qui prend les décisions) et agissent directement sur les parties du cerveau qui fait que les processus se font (les sous-systèmes de contrôle) par dissociation entre le système exécutif et les sous-systèmes.

 

Ce que la théorie de Bowers n'arrive pas à expliquer, c'est le mécanisme physiologique qui permet la dissociation, et également la granularité de sélection dans la façon dont la dissociation se manifeste. Par exemple, certaines suggestions sont prises et d'autres ne le sont pas, et on peut voir que des différences se font pour le même individu à des occasions différentes - pourquoi y a-t-il ces différences qui font que certaines dissociations sont possibles et d'autres non en fonction des différentes occasions ?

 

Un autre exemple serait l'amnésie sélective ; un sujet peut être amnésique pour une information très sélective (leur nom, par exemple) mais avoir accès aux autres informations de façon normale. Un mécanisme de contrôle dissocié supposerait, pour être assez flexible, de pouvoir gérer ces dissociations spécifiques à certaines occasions, et d'autres très larges à d'autres occasions.

 

En addition à ces questions, Kirsch et Lynn (Kirsch et Lynn, 1998) font un travail approfondi en concluant : « les preuves qui appuient l'une ou l'autre théorie de la dissociation sont minces, et toutes deux sont assaillies par de sérieuses difficultés conceptuelles. »

 

Woody et Sadler (Woody et Sadler, 2008) proposent un cadre intégratif qui appuie la théorie du contrôle dissocié et une version révisée de la théorie néo-dissociationniste, connue sous le nom de théorie de l'expérience dissociée. La théorie de l'expérience dissociée suggère une dissociation entre le contrôle exécutif et le moniteur exécutif, qui est la partie qui observe la situation actuelle. Dans cette version de la théorie, le contrôle exécutif effectue la suggestion mais le moniteur exécutif n'est pas conscient qu'il le fait, ce qui fait que le sujet expérimente l'effet comme involontaire.

 

Bien que cette version simplifiée de la théorie néo-dissociationniste (sans les barrières amnésiques, les observateurs cachés et les courants de conscience) résiste à beaucoup des critiques précédentes, elle ne fournit pas un mécanisme qui causerait la dissociation, et par conséquent n'explique pas pourquoi certaines suggestions sont prises et d'autres non.

 

Il suggère toujours également une forme d'amnésie en tant qu'effet de la dissociation, tombant ainsi sous le coup de la critique que Bowers adressait originellement à la théorie de la néo-dissociation, c'est-à-dire qu'il est contradictoire d'expliquer l'occurrence de suggestions communes (suggestions idéomotrice et de défi) par l'utilisation d'une occurrence rarement montrée (les amnésies suggérées).

 

 

Théories sociales cognitives

 

Si les théories néo-dissociationistes ne tiennent pas debout, ou si elles ne racontent pas toute l'histoire, alors quelles sont les alternatives ? Les principales sont les théories sociales cognitives ; ce sont des théories de l'hypnose qui supposent que le comportement hypnotique est, en fait, un comportement normal qui est interprété comme hypnotique, en raison du contexte social et des stratégies cognitives qui en découlent.

 

La scène sociale cognitive est assez large et représente un grand nombre de points de vue, mais elle peut souvent être trop aisément (et à tort) généralisée pour être confondue avec les théories qui définissent l'hypnose comme un « conformisme social » ; ces théories sont des simplifications abusives qui affirment que le sujet ne fait que jouer le jeu et qu'il est toujours entièrement en contrôle de son propre comportement. Si on généralise en ce sens et si on rejette la réponse en termes de « conformisme social », il est possible de rejeter (à tort) l'ensemble de la scène sociale cognitive et de ne pas voir les preuves fascinantes et les idées pénétrantes qu'elle a à offrir.

 

Graham Wagstaff propose l'idée selon laquelle les sujets engageraient des stratégies cognitives dans l'espoir de réaliser les phénomènes suggérés avec le sens de l'involontariat hypnotique, et dans certains cas ils y réussissent, mais quand ils échouent ils se rabattent souvent sur un simple réalisation de la suggestion sans avoir les sensations hypnotiques, pour répondre aux exigences du contexte social.

 

Il y a deux idées clés : la première, c'est que le mode de réponse réellement hypnotique implique des stratégies cognitives, et qu'il explique seulement les actions des sujets hautement hypnotisables ; la seconde, c'est que la majorité des sujets moyens ou bas (et potentiellement une proportion des sujets hautement hypnotisables) sont en train de jouer le jeu, en faisant semblant d'être hypnotisé et d'accepter les suggestions.

 

Il y a un argument dont certains hypnothérapeutes font souvent usage (à tort) contre l'hypnose de spectacle - souvent pour leur propre littérature marketing -, c'est celui qui consiste à dire que les sujets qui sont sur la scène d'un spectacle d'hypnose sont des personnes naturellement exubérantes qui veulent agir de façon outrageante. L'argument opposé et équivalent est également souvent mis en avant : les personnes timides qui se retrouvent sur scène veulent en fait secrètement faire des choses outrageantes, et l'hypnose de spectacle leur fournit le contexte acceptable dans lequel ils peuvent agir ainsi, sans avoir à prendre de responsabilité pour leurs actions.

 

Ces deux arguments pourraient être vrais, et rendre compte des actions de différents sujets avec des personnalités naturelles différentes et des réponses différentes au contexte - s'il n'y avait le fait que personne ne peut aussi bien simuler qu'un sujet hypnotisé, particulièrement sans leçons de comédie et sans expérience en tant qu'acteur. Parmi les sujets qui apparaissent sur la scène dans les spectacles d'hypnose, bien peu ont un quelconque talent d'acteur dans leur vie normale ; mais d'une façon ou d'une autre ils arrivent comme par magie à élaborer instantanément d'excellentes représentations dès qu'on leur lance des scénarios vagues et improvisés.

 

Ce qu'on devrait garder de Wastaff, c'est l'idée selon laquelle les personne sur scène sont probablement les sujets hautement hypnotisables, parce que s'ils ne l'étaient pas, alors leurs talents d'acteurs les laisseraient tomber au moment où ils essayent de se conformer aux suggestions dans l'espoir de se faire voir. Avec ces sujets, les scénarios suggérés sont perçus comme réels et leur comportement n'est pas de la comédie, ce n'est que leur réponse naturelle à ce qu'ils perçoivent comme étant la réalité.

 

Malheureusement, si nous acceptons l'argument du conformisme social alors nous devons accepter que la majorité des personnes qui rendent visite à un hypnothérapeute finiront par se conformer, ou faire semblant, plutôt que d'être réellement hypnotisés et d'agir selon les suggestions de façon automatique.

 

Il y a cependant d'autre visions sociales cognitives, et elles fournissent des résultats plus encourageants et plus prometteurs. Donald Gorassini et Nicholas Spanos (Gorassini et Spanos, 1986) proposent l'idée selon laquelle les réponses réussies à la suggestions sont dues à une compétence, et que la compétence peut être acquise.

 

Ils ont développé un programme d'entraînement de 75 minutes, le Carleton Skills Training Package (CSTP), qui inclut trois éléments clés : le premier consiste à recevoir des informations destinées à enlever les mauvaises conceptions de l'hypnose et à améliorer les attitudes envers elle ; le second est de regarder une vidéo d'un sujet hautement hypnotisable en train d'être hypnotisé et d'agir avec succès d'après des suggestions - le sujet exprime ses pensées à haute voix pendant la session d'hypnose, et est ensuite interviewé ; le troisième est de s'entraîner à agir comme un sujet hautement hypnotisable dans des sessions d'hypnose factices.

 

Gorassini et Spanos ont formé des groupes en y distribuant de façon aléatoire des sujets dont les réponses étaient moyennes ou basses. Tous les sujets avaient été évalués avec le CURSS. Un groupe a suivi le programme d'entraînement CSTP, deux groupes ont suivi différentes versions partielles du CSTP, et le dernier groupe (le groupe de contrôle) a simplement reçu un questionnaire à remplir (pour qu'il soit occupé pendant le même laps de temps). Tous les groupes ont ensuite été testés de nouveau avec le CURSS et une version du SHSS:C, modifié pour inclure les notes subjectives et objectives-involontaires.

 

Dans le groupe qui a suivi le CSTP complet, la moitié des sujets qui à l'origine répondaient de façon basse et 80% des sujets moyens d'origine ont répondu comme des sujets hautement hypnotisables, une fois qu'ils ont été réévalués après l'entraînement hypnotique. Le groupe de contrôle n'a montré aucun changement et les groupes partiels ont montré des améliorations partielles. En 75 minutes, Gorassini et Spanos ont changé la façon dont les sujets répondaient à l'hypnose ; non seulement cela, mais les sujets ont gardé les mêmes nouveaux scores quand ils ont été retestés plus tard, et l'effet est ainsi apparu permanent.

 

Gorassini est allé plus loin, et a développé un programme d'entraînement hypnotique plus court (Gorassini, 2003) qui prend seulement quatre minutes. Il implique en fait un script de deux minutes : on donne au sujet une transcription à lire, en même temps qu'il en écoute une version enregistrée ; les sujets disposent alors de deux minutes supplémentaires pour relire le transcript, pour un total de quatre minutes. Encore ici, avec seulement quatre minutes d'entraînement, les sujets améliorent leur réponse sur une échelle standard.

 

La modification de la réponse à la suggestion a été toutefois critiquée, au sens où elle ne ferait que causer des réponses comportementales sans le sens de l'involontariat (Bates et Brigham, 1990); en d'autres termes, les sujets apprennent à agir comme de bons sujets mais ne deviennent pas de bons sujets pour autant.

 

Pourtant, d'autres études ont confirmé que les sujets améliorent significativement leurs notes subjectives d'involontariat, même si les effets ne sont pas aussi prononcés que ce que Gorassini et Spanos avaient originellement annoncé (Gearan, Schoenberger et Kirsch, 1995; Cangas et Pérez, 1998).

 

Les techniques de modification ont été étendues jusqu'à fonctionner efficacement pour des sujets qui avaient une réponse nulle à la suggestion (Cangas Siaz et Pérez Alvarez, 1998). Une étude évaluant un court entraînement de dix minutes, cependant, n'a pas réussi à trouver des améliorations significatives en réponse à la suggestion et spécifiquement pour les effets de l'analgésie (Milling, Kirsch et Burgess, 1999).

 

De façon générale, les résultats suggèrent que la réponse à la suggestion peut être modifiée à travers un entraînement, même si on ne comprend pas complètement ce que l'entraînement doit comporter et comment il doit être mené. Le fait qu'il fonctionne, pourtant, a des conséquences pour tous les hypnotiseurs. S'il est possible de condenser l'entraînement en quelque chose qui s'approche d'un pre-talk ou d'une induction, alors nous pouvons améliorer les résultats de tous nos sujets avant même qu'on n'essaie de les hypnotiser, ce qui ferait considérablement monter notre taux de succès.

 

Toutefois, tout cela indique quelque chose de plus important : ce que font les sujets quand on leur donne une suggestion importe ; s'ils s'engagent dans les bonnes stratégies cognitives, alors ils est plus probable qu'ils arrivent à prendre les suggestions. Il apparaît que le résultat de ces stratégies cognitives, c'est que les sujets font l'expérience des effets des suggestions avec la sensation d'involontariat.

 

A ce point, il est bon de rappeler que la réponse à la suggestion ne dépend pas d'une induction et qu'une transe peut être l'effet d'une suggestion d'induction, plutôt qu'un état ou un processus spécial. Les théories sociales cognitives ont donné naissance à des programmes d'entraînement courts qui modifient la capacité du sujet à répondre à la suggestion d'une façon qui semble involontaire.

 

Les résultats semblent indiquer que les stratégies cognitives seraient le mécanisme de l'hypnose, l'expérience de la dissociation paraissant être un effet plutôt qu'une cause. Avec cela présent à l'esprit, nous nous approchons d'une théorie sociale cognitive clé de nos héros, Irving Kirsch et Stephan Jay Lynn.

 

 

La Théorie des Ensembles de Réponses (Response Set Theory)

 

Rappelez-vous la partie 1, je vous y disais que nous n'avions pas de libre arbitre. Cela a en fait des implications supplémentaires pour les modèles de l'hypnose. Si nous n'avons effectivement pas de libre arbitre, comme nous le suggèrent les neurosciences, alors tout ce que nous faisons est automatique, et par conséquent involontaire. La réponse à la suggestion n'est pas différente, elle est tout aussi automatique et involontaire que toutes nous autres actions normales. La différence, comme je l'ai mis en lumière dans la partie 1, c'est que la réponse à la suggestion s'accompagne d'un sens de l'involontariat.

 

Si tout ce que nous faisons est involontaire, alors normalement nous devons (automatiquement) attribuer une illusion d'intention à nos actions ; ceci nous pousse à croire que nous avions voulu causer nos actions, renforçant ainsi notre illusion du libre arbitre. La réponse à la suggestion, de l'autre côté, enlève cette illusion d'intention et nous laisse avec la réalité ; nous devenons conscients de la véritable nature inconsciente du comportement associé à l'action suggérée, tout en préservant l'illusion pour tous nos autres comportements.

 

Il vaut sans doute la peine de le répéter : dans la vie quotidienne nos actions sont automatiques, mais nous les percevons comme volontaires et intentionnelles ; quand nous répondons aux suggestions, cette perception est supprimée pour le comportement associé et nous pouvons l'observer sans le sens artificiel de l'intention que nous ressentirions normalement en percevant qu'on était en train d'agir de façon ordinaire et volontaire.

 

Ce point de vue est suggéré par Irving Kirsch et Stephen Jay Lynn (Kirsch et Lynn, 1997), et participe à leur Théorie des Ensembles de Réponses (Response Set Theory). Cette théorie suggère que dans tous les moments de veille nous suscitons des comportements appropriées (des ensembles de réponses) en réponse aux stimuli, puis nous agissons, et enfin nous attribuons l'intention à nos actions.

 

Pour les sujets qui répondent à la suggestion, le contexte hypnotique fournit le stimulus pour l'ensemble de réponses hypnotique ; ceci inclut le fait d'agir d'après les suggestions et de faire l'expérience des effets comme quelque chose se faisant automatiquement. Pour les sujets qui ne répondent pas à la suggestion, les réponses suscitées ne provoquent pas une expérience hypnotique.

 

L'approche de Kirsch et Lynn quand ils font des recherches en Théorie des Ensembles de Réponses pourrait être caractérisée comme la recherche de traits de personnalité ou de stratégies cognitives qui sont associées aux bons sujets, et par conséquent de bons ensembles de réponses pour l'hypnose. Ils ont identifié le fait que la façon dont les sujets anticipent leur réponse à la suggestion - particulièrement après qu'on leur ait donné une suggestion et une chance d'agir en fonction d'elle - est corrélée avec leur véritable réponse.

 

Les expérimentations où les chercheurs ont donné la suggestion selon laquelle la vision des sujets changerait progressivement de couleur, en même temps qu'on changeait discrètement et secrètement la couleur de l'éclairage de la pièce pour y correspondre (le sujet faisant ainsi automatiquement l'expérience des effets de la suggestion), ont eu pour effet d'augmenter les attentes des sujets relativement à leurs réponses aux suggestions, et ont ainsi également augmenté leur véritable réponse à la suggestion (discuté dans Kirsch, 1985).

 

Il a été montré que les traits de personnalité que sont l’absorption, l'inclination à l'imagination et la dissociation ne sont pas des indicateurs de réponse à la suggestion, alors que les attentes et les attitudes vis-à-vis de l'hypnose le sont jusqu'à un certain point (Kirsch, Comey et Reed, 1995).

 

La Théorie des Ensembles de Réponses, bien qu'elle intègre l'illusion du libre arbitre, n'arrive pas à expliquer ce qui conduit à de bons ensembles de réponses pour répondre à la suggestion, ni la façon dont ces ensembles de réponses soulèvent le voile de l'intention attribuée, et tout cela ne permet pas de dénuder assez le processus automatique pour que nous puissions en prendre conscience. Cette théorie nous fournit néanmoins un modèle simple et fondé à partir duquel nous pouvons explorer ces questions et y répondre.

 

Résumé des travaux scientifiques

 

Les échelles hypnotiques sont fiables et cohérentes, quoiqu'elles ne soient pas directement applicables au travail des hypnotiseurs. Elles peuvent cependant constituer une source utile de données, et leurs pre-talks sont bons. Les théories de la dissociation suggèrent qu'une partie de notre cerveau devient moins consciente d'une autre partie quand nous agissons d'après une suggestion ; ces théories souffrent généralement de problèmes conceptuels.

 

Les théories cognitives sociales suggèrent que les processus cognitifs sont la clé des réponses réussies aux suggestions, mais elles n'arrivent pas à totalement identifier ce que ces processus sont véritablement. La Théorie des Ensembles de Réponses souligne le fait que les réponses aux suggestions suppriment l'illusion d'intention attachée à nos actions plutôt que d'ajouter l'illusion d'involontariat, mais n'arrivent pas à décrire complètement la façon dont cela se produit.

 

Dans la partie 1, j'ai discuté des modèles populaires pour l'hypnose, et dans la partie 3 j'introduirai l'Automatic Imagination Model.

 

Je vous invite à jeter un œil sur nos vidéos gratuites à http://www.youtube.com/theheadhacker et http://www.youtube.com/theheadhacker - http://www.twitter.com/headhackinglive

 

Kev Sheldrake, hypnotiseur

Head Hacking

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Merci pour la traduction (bis)

D'autres coquilles



...La conclusion simple est que l'observateur caché est le résultat d'une suggestion et ne fait par conséquent pas partie du mécanisme de l'hypnose, mais n'en est qu'une partie de l'effet...

 

...Un mécanisme de contrôle dissocié supposerait, pour être assez flexible, de pouvoir gérer ces dissociations spécifiques à certaines occasions, et d'autres très larges à d'autres occasions...

 

...Toutefois, tout cela indique quelque chose de de plus important...

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Si tout ce que nous faisons est involontaire, alors normalement nous devons (automatiquement) attribuer une illusion d'intention à nos actions ; ceci nous pousse à croire que nous avions voulu causer nos actions, renforçant ainsi notre illusion du libre arbitre. La réponse à la suggestion, de l'autre côté, enlève cette illusion d'intention et nous laisse avec la réalité ; nous devenons conscients de la véritable nature inconsciente du comportement associé à l'action suggérée, tout en préservant l'illusion pour tous nos autres comportements.

C'est une approche intéressante. 

 

J'essaierais cet angle avec des gens qui veulent un peu trop rationaliser. A mettre en parallèle avec les 6 secondes avant que nous prenions conscience de notre décision.

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