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Pour en finir avec le 7% de verbal


Hugin

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Vous avez sûrement lu, dans un livre quelconque de coaching, sur un site de développement personnel ou de marketing, que le verbal représentait 7% de la communication humaine, le paraverbal 38% et le non-verbal 55%. L'idée que l'on puisse "quantifier" la communication m'a toujours paru curieuse alors je me suis intéressé à l'expérience dont est tirée cette affirmation. Pour ceux qui veulent lire l'étude directement, voici sa référence: Mehrabian, A., Ferris S.R. (1967) Inference of attitudes from nonverbal communication in two channels, in Journal of Consulting Psychology, Vol. 31, No. 3, 248-252.

 

Premier point qui saute aux yeux, l'expérience a été menée auprès de 62 étudiantes de premier cycle universitaire de l'Université de Californie. L'échantillon est clairement limité et il me parait de prime abord aberrant qu'on puisse généraliser le résultat obtenu auprès de 62 personnes (avec en plus une faible variation de l'âge, du sexe, de la culture, etc...) à l'humanité toute entière

 

La méthode ensuite: selon les variantes de l'expérience, on présentait aux sujets l'enregistrement audio d'un mot, seul ou accompagné d'une photo, et on leur demandait à quel degré la personne qui parlait appréciait/n'appréciait pas son interlocuteur. Les variables indépendantes de l'étude étaient le mot utilisé, le ton utilisé pour le prononcer, et l'expression du visage sur la photo. Il n'est donc question à aucun moment de non-verbal mais d'expression faciale, donc un élément de non-verbal. Pas de position de corps, pas de distance entre les individus, seulement l'expression du visage, et qui plus est, présenté sur une photo.

 

D'ailleurs la conclusion de l'étude est formulée de la façon suivante: "It is suggested that the combined effect of simultaneous verbal, vocal, and facial attitude communications is a weighted sum of their independent effects with the coefficients of .07, .38, and .55, respectively. (traduction expresse: il est suggéré que l'effet combiné de communications verbale, vocale et d'attitude faciale simultanées est la somme de leurs effets indépendants avec des coefficients respectifs de 0.07, 0.38 et 0.55)."

Il n'est pas question de pourcentage dans cette phrase de Ferris et Merhabian, mais de pondération d'effet. C'est-à-dire qu'on ne mesure pas un acte de communication qui se définirait comme une somme de 100%, mais bien à comparer le poids relatifs de différents critères. Il s'agit donc de l'attitude faciale par rapport au "vocal", par rapport au verbal et non les trois seules composantes d'un tout. Merhabian et Ferris n'ont pas la prétention de mesurer toutes les dimensions de la communication avec leur expérience.

 

Même Merhabian (qui s'emballe quand même sur ses conclusions) nous rappelle ceci:

"Please note that this and other equations regarding relative importance of verbal and nonverbal messages were derived from experiments dealing with communications of feelings and attitudes (i.e., like-dislike). Unless a communicator is talking about their feelings or attitudes, these equations are not applicable. (traduction expresse: merci de noter que ceci et toutes les autres équations relatives à l'importance des messages verbaux et non verbaux sont déduites d'expérience sur l'expression des sentiments et des attitudes (c.a.d. aimer - ne pas aimer). À moins qu'un communicateur ne parle de ses émotions ou attitude, ses équations ne sont pas applicables."
(Propos de l'auteur sur son site internet: http://www.kaaj.com/psych/smorder.html).

 

Je suis resté ici dans une analyse rapide. L'expérience et la généralisation qu'en fond les auteurs peuvent être amplement discutées que ce soit sur le plan méthodologique ou épistémologique. Mais l'idée n'était pas de faire une dissertation simplement de vous montrer les âneries que certains racontent sans avoir lu les sources qu'ils citent.

 

J'espère qu'après ce rapide survol, vous aurez une idée un peu plus exacte de ce qui se cache derrière le fameux "7%" et que vous relativiserez les propos de ceux qui s'en servent.

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Interessant que ce soient des pondérations, reste à savoir leur somme cela dit. Je ne savais meme pas qu'il y avait une étude derrière, je les tennais pour bidons d'office... Quand on me sort des chiffres ultra précis pour des phénomènes largement subjectifs, ma de crédulité atteint la valeur 0.001 très rapidement dans 95.7% des cas :) C'est souvent le cas aussi quand j'entends qu'il n'y a que 2 (ou 3.. ou 4 ..etc) types de ...

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Comme il s'agit des effets pondérés entre les trois éléments mesurés, le total fait 1. C'est d'ailleurs aussi un des motifs de scepticisme à l'égard de cette expérience, elle postule que le tout est la somme des parties et ignore donc les interactions complexes entre les éléments. J'ai tendance à privilégier une approche systémique et donc l'examen de ces interactions.

 

Mais comme tu le soulignes, l'idée de "chiffrer" la communication me paraît également douteuse au départ.

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L'étude a été faite pour que l'information écrite (le verbal au vue de l'experience) soit le moins significatif possible.
La pondération à un sens si on compare uniquement le vocal avec le facial.

Sinon ça fait une conclusion de la sorte (si je rend le plus négligeable possible les couleurs foncées, je mesure une très forte majorité de couleurs claires)

Ce qui n'est pas faux...

D’ailleurs, l'étude ne fait pas de comparatif verbale/non verbale qui n'aurait pas de sens.

 

Le plus important c'est le rapport entre le facial et le vocal qui est d'environs... de 50% de plus pour le facial.

Dans l'idée, si on me dit : "Ho le con!" ça passera mieux avec un sourire (peut-être un mauvais exemple ?)

 

Après, il faudrait refaire l’expérience en changeant ce que l'on souhaite mesurer.
A la place de prendre un mot neutre, prendre un mot avec une connotation très négative(ou très positive) par exemple

Ainsi il serait plus simple pour conclure sur l'importance du verbale (ou pas).

 

Il ne chiffre pas la communication dans l'étude, mais l'effet de certaines informations (ici les deux channel de communication :  le faciale et le vocale) sur notre jugement pour déterminer une attitude. (et encore uniquement entre "like" et "dislike")

 

Dans la conclusion, il cite expérience de Mehrabian and Wiener study (1967).
Dans cette étude ils en concluent à 0.07 | 0.38 | 0.55

On peut remarquer que le rapport facial/vocal est environs le même.

0.55/0.38 ~= 1.45
1.50/1.03 ~= 1.46

 

A ce niveau, les deux études sont assez cohérente.
Le problème viens du verbale. Cette étude ne peux rien conclure à ce sujet. ( il faudrait que je regarde l'étude de 1967)

par exemple un résultat comme :  0.33 | 0.27 | 0.40 serait tout aussi cohérent...

S'il y a un biais, je pencherai sur l'autre étude.


MEHRABIAN,A.,&WIENER,M.Decoding of incon-sistent  communications. Journal of Personality and Social Psychology,1967,6,108-114.

 

 

je vais refaire une relecture pour voir si je n'ai pas fait mon neuneu.

 

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